Textes d’expositions

ELI LE PARC   Les liens

30.10.17 au 25.11.17    

Galerie de l’Orangerie, Cachan

« Le lien textile traduit un retour à des idées collectives, un retour à lhumain dans toute sa diversité et toutes ses différences. Le lien textile est inspirant, poétique, esthétique, politique et social. Il ne connaît pas les frontières, à limage des vêtements que nous portons et qui nous accompagnent dans nos déplacements. Le lien textile implique la mouvance et lhistoire du monde. Lorsquun artiste crée une œuvre à partir du matériau textile, il a conscience de la portée des tissus quil choisit ou quil fabrique en respectant les codes dune technique spécifique»[1]

A travers l’exposition « Les liens », conçue comme un parcours spirituel à la fois visuel et sonore, Eli Le Parc pose une nouvelle fois la question : Y’a-t-il du spirituel dans l’art et quelle place occupe cette spiritualité dans nos vies ? Un colloque organisé à Paris en 2003, puis un autre à Strasbourg en 2011 tentaient de répondre à la question.[2] En 2008, l’exposition Traces du sacré au Centre Pompidou, retraçait l’évolution du concept dans l’histoire de l’art. Mais la définition du « sacré » n’est-elle pas en train de changer en ce 21ème siècle ?

Ainsi, les sculptures de l’artiste, représentant rosaces et mandalas fait de liens et de nœuds textiles rhizomiques, interrogent notre rapport au réel. A l’ère du numérique, nous sommes tous « liés », mais ces liens sont irréels, imaginés : ils structurent nos existences de manière artificielle. Ecriture sociale et politique, le tissu dresse un constat à propos de notre manière d’être au monde. Ses sculptures sont également des cartographies : cartographies intérieures et « liens » avec son pays d’origine, le Panama, ainsi qu’avec les autres parties du monde où elle a pu vivre. L’exposition est donc autobiographique : par un processus de création qui se veut méditatif et répétitif, elle tente de réduire ce lien qui la rattache à une ancienne vie. La pratique textile est inextricablement liée à la mythologie antique dont les histoires de fileuses, de tisseuses nous sont comptées et font écho à la création contemporaine. Les exemples d’artistes pratiquant cet art sont nombreux : Anni Albers, Sheila Hicks, Chiharu Chiota, ou encore Christian Boltanski.

La particularité d’Eli Le Parc réside dans le fait qu’elle puise son inspiration dans l’art talismanique et l’abstraction géométrique. Son projet « Caminus Stellarum » aborde la question de l’héritage spirituel et interroge les lieux religieux dans lesquels l’œuvre est installée.  Ainsi, l’exposition « Les liens » est construit comme un chemin conduisant à l’élévation spirituelle. Le premier espace, qui baigne dans une lumière naturelle, représente tous les liens terrestres. Les installations y sont disposées de manière à ce que le spectateur puisse déambuler au rythme de surprises sonores spécialement créées pour l’exposition, de visions kaléidoscopiques qui le plongeront, à l’instar d’André Gide, dans un « ravissement indicible »[3]. Le deuxième espace, plongé dans l’obscurité, présente une rosace lumineuse placée au sol symbolisant un état supérieur de conscience. Elle trouve un écho dans les tableaux en céramique accrochés au mur.

Le mandala, véritable leitmotiv dans le travail de l’artiste, est un terme sanskrit signifiant « cercle », sphère, communauté et tire son origine des traditions hindouistes et bouddhistes. Réalisés en sable (Job Koelewijn, Nursery piece), ou grâce aux technologies numériques (Loris Gréaud), le mandala revient régulièrement dans les pratiques artistiques contemporaines.  Eli Le Parc construit ses œuvres selon une déclinaison de la technique du macramé, en se plaçant au centre de ses cercles, puis tournant sur elle-même en tissant, en une mise en abyme de la circularité. Représentations symboliques des énergies et du fonctionnement de l’univers en lien avec notre psychisme, les mandalas sont des supports de méditation que l’artiste considère comme des offrandes aux spectateurs. Ainsi, à l’instar de Kandinsky qui, dans son ouvrage Du Spirituel dans lArt et dans la peinture en particulier[4] affirmait que les couleurs sont la manifestation des souvenirs, le travail d’Eli le Parc pousse à l’introspection et réveille nos sens.

[1] Julie Crenn, Arts textiles contemporains : quêtes de pertinences culturelles. Art et histoire de lart, Université Michel de Montaigne – Bordeaux III, 2012, p36.

[2] Nous évoquons ici le colloque Du spirituel dans lart contemporain ? qui s’est tenu en 2003 à Paris et Art contemporain et expressions spirituelles, à Strasbourg, en 2011.

[3] André Gide, Si le grain ne meurt, Folio, Gallimard, 1972, p7.

[4] Wassily Kandinsky, Du Spirituel dans lArt et dans la peinture en particulier, (trad. Nicole Debrand et Bernadette du Crest, Ed. Philippe Sers) Col. Folio Essais, Gallimard, 1989, 216p.

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